vendredi 24 décembre 2010

Gucci Vump - Sha! Shtil! / The Boogieman / Casablanco [SNP006 INSDL012]


"Chuuut! Silence, ne fais pas de bruit !"

Étranges paroles pour un morceau électro, n'est-ce pas ? Et si je vous dis que tout le morceau repose sur une musique Yiddish et qu'il est signé sur un des labels électro les plus en vogue du moment... Encore plus intrigant hein ? Vous n'avez plus qu'à rajouter à tout cela qu'on nous cache la véritable identité de l'artiste connu sous le nom de Gucci Vump et ça devrait être suffisant pour vous accrocher définitivement jusqu'à la fin de l'article, non ?

Gucci Vump - Sha! Shtil!
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Gucci Vump - Sha! Shtil! (L-Vis 1990 VIP Remix)
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Gucci Vump - Casablanco
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Gucci Vump - The Boogieman
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Gucci Vump - The Boogieman (Downtown Remix)
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L'ensemble de cette release me semble au plus proche de la philosophie du label Sound Pellegrino: c'est groovy sans être dansant à outrance, c'est classieux et très loin de toute vulgarité électronique. C'est d'ailleurs comme ça que Teki Latex parle de son label: un paradoxe dans le paysage électro, trop minimale pour les fans de musique qui fait sauter les foules, trop brutale pour les fans de minimale... Chaque morceau proposé dans cette release vous fera voyager: d'une bat mitzvah quelque part en Pologne pour Sha! Shtil!, on passe aux ruelles surpeuplées de Marrakesh dans Casablanco (bien qu'on soit en même temps en plein spectacle de derviches tourneurs en Turquie), puis en pleine campagne roumaine dans The Boogieman. Ce sentiment de voyage, que cette musique vient de loin, est certainement due aux nombreux samples de musiques traditionnelles utilisées ça et là dans les morceaux. Pour moi, il tient aussi au fait que la minimale très dansante et syncopée que Gucci Vump nous propose ici est la forme parfaite pour un tel voyage: assez planante pour partir loin et suffisamment rythmée pour rendre compte de l'aspect traditionnel et millénaire de ces musiques arabes et yiddish.

Le remix de Downtown de The Boogieman est certainement le morceau le plus minimal de cette sortie. Le rythme est très présent et la simplicité du morceau est une arme d'une efficacité à toutes épreuves. Même si la fin de la version originale de The Boogieman possède une efficacité semblable à l'ensemble du remix de Downtown, la plus grande partie du morceau est construite sur un mode aérien et mélancolique impropre à la danse. Casablanco est le seul titre qui n'a pas fait l'objet de remix: dommage, les résultats auraient été intéressant je pense... Avis aux amateurs de bootleg ! De tous les morceaux, celui-là est le plus brutal, le plus dancefloor, le plus nerveux. En un mot: le plus banger. La version originale de Sha! Shtil! est une vraie perle, un morceau que l'on passe en boucle sur notre Ipod la moitié de la journée et que l'on se chante le reste du temps. Si quelqu'un a trouvé un moyen de se sortir cette mélodie de la tête, qu'il me fasse signe ! Le plus beau avec ce morceau c'est qu'outre cette mélodie parfaite, le reste est juste parfait: rien n'est superflu et rien ne manque, du cinq étoiles. Pour couronner le tout, le remix de L-Vis 1990 ose (presque) se passer de cette mélodie si prompte à nous faire tomber amoureux de cette chanson à la première écoute. Et le tour de force est réussi: un morceau planant, tout en rondeurs miminales, avec un zeste d'acidité bien placée. On dirait presque de la techno tellement c'est gras, tellement c'est "acid".

Pour aller plus loin

Vous l'aurez compris, il faut se précipiter sur cette release !!! En passant, profitez-en aussi pour vous procurer Shashtilism du même Gucci Vump et pour regarder le magnifique clip qui lui est associé. Moi ça me fait penser au maxi Animism de Bambounou chez Young Gunz, on l'on retrouve cette minimale trop dansante pour en être vraiment, mais trop classe pour être cataloguée "banger". Si les samples de  musiques traditionnelles vous on plus, précipitez-vous aussi sur Couscous de Mr Flash chez Ed Bangers. Bien sûr l'esprit général de cette release se retrouve un peu partout dans les productions de Sound Pellegrino...

Gucci Vump - Shashtilism
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Bambounou - Adoban
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Mr. Flash - Couscous
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3 commentaires:

André a dit…

comme tout néophyte (plante qui ne pousse que sur les jeunes denrées), je suis à la fois admiratif et "affamé", c'est-à-dire "restant sur ma faim". Toute cette musique est un bruit de l'origine et c'est un tour de force que de l'avoir fabriquée : pas si simple d'être primal sans être primaire quand on est à l'autre bout de la boucle, là où le bout final est tout proche du bout d'origine. Mais "sur ma faim" parce que tout, ici, commence par un battement, comme un émergence fœtale qui livre son premier signe par les battements du cœur. Mais l'origine, de vrai, est une soupe où rien ne résonne... et j'imagine bien le même musique qui ferait une place primordiale à la fluctuation des sons indistincts et qui laisserait sourdre ensuite, mais ensuite seulement, les premiers battements qui, nul doute, entraineraient tout dans leur danse sans but... il me manque, dans cette obscurité primale, la douceur d'un monde qui n'est rien encore.
Mais bravo pour la présentation de cette musique... quoique un dictionnaire serait assez utile pour les insensés (ceux qui ne font pas sens de tout le vocabulaire !).

Bravo en tout cas ; c'est bien mieux que tout ce que j'ai pu lire et écouté avant... quasi rien, mais c'est tellement beau un début !

JeanPaul3 a dit…

Pardonne ma feignantise et mon jargon mal odorant... J'avais fait une promesse en guise de bienvenue que je n'ai pas pu (encore) tenir !
Pour ce qui est de la question de l'origine dans cette musique électronique, je ne suis pas d'accord: en cette matière, "rien" ne précède pas la musique. Il y a toujours une origine indistincte, primaire, où le corps bouge. A ce propos, c'est amusant de remarquer que pas une seule production dans ce domaine n'est entièrement musicale. En effet, la première minute d'un morceau n'a pas d'"utilité" musicale si ce n'est s'insérer dans le morceau précédent, pour ne pas rompre la danse. La danse est ainsi préservée tout au long du corpus formé par cette nouvelle forme de musique: en arrière, en avant, en dessous et en dessus de cette musique, il y a (et on aimerait croire qu'il y a toujours eu et qu'il y aura toujours) la danse, le mouvement des corps, qui est au "centre" de la musique électronique, si ce n'est de toute musique.
Ainsi, là où tu entends un battement primordial au début du morceau, j'entends la fin du morceau précédent...
Que dirais-tu de discuter de ce qu'il y a avant la musique autour d'une bonne bière et d'en profiter pour rédiger à quatre mains le premier article de la catégorie "essais" ?

André a dit…

Ah, voilà, c'est cela qui m'a échappé, c'est que c'est la dance (ou tout mouvement) qui est première dans la musique que tu présentes... donc en effet, le battement ou la structure qui émerge du rythme est la fin de ce qui précède, le lien entre deux instances. Un morceau n'est donc pas a écouté "per se" mais comme un fragment d'une chaine... je vois bien là, cette longue formation à l'évolutionisme qui marque jusque dans ton approche de l'esthétique!!! On se refait pas !
Et peut-être que c'est pour cela que l'on écoute si souvent de la musique "en aléatoire" parce que c'est une image efficace de l'enchaînement sans fin d'une musique sur l'autre. Rien d'historique, rien d'organisé mais toute musique possible à chaque instant et faisant suite à une autre... qui peut être tout autre.
Et j'ai tellement l'habitude d'écouter de la musique comme on regarde un tableau, sans voir les coulures du tableau d'à côté qui vienne manger un peu celui qu'on regarde. La musique comme œuvre, comme une unité séparée, comme un individu qui se distingue... cette vision de l'œuvre est assez récente ; les fresques pariétales était des enchevêtrement de figures, des frises, des chaînes de signes peints plus que des tableaux.
Très belle initiative qu'une théorie du temps porté par la dance que sert la musique. Et puis il y a aussi l'idée que l'émotion de la musique, ça se "bouge", ça se "danse"... alors que j'ai plutôt l'impression que, pour moi, la musique me jette dans une autre dimension du monde où tout est immobile pour ressentir le moindre frémissement de peau, l'humidité à peine éclose d'une larme ...
Oui évidemment, en écrire un peu plus, devant (et à l'aide) d'une bière, c'est une idée très convenable.

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